Les actualités naturalistes du nord de la Seine-et-Marne – automne 2020

Par Antoine Kita, adhérent et administrateur.

Septembre, octobre, novembre ; les jours passent, les températures baissent, les feuilles tombent, les insectes se raréfient, et les oiseaux, pour un grand nombre d’entre eux, disparaissent de nos contrées. Mais que deviennent-ils ? Où vont-ils ? Quand partent-ils ?

     Septembre : Poussés par un vent favorable, des milliers d’oiseaux nous survolent de jour comme de nuit. Bruants ortolans (Emberiza hortulana), Gobemouches noirs (Ficedula hypoleuca) et gris (Muscicapa striata), ou encore Blongios nains (Ixobrychus minutus) et divers limicoles passent de nuit au dessus de nos têtes sans bruit, ou presque. 
Le jour, tout est différent. Bergeronnettes printanières (Motacilla flava), Pipits des arbres (Anthus trivialis), Hirondelles rustiques (Hirundo rustica) et de fenêtre (Delichon urbicum), filent promptement vers le détroit de Gibraltar, dans le but de rejoindre leurs aires d’hivernage sur le continent africain. Les migrateurs, qu’ils soient nocturnes ou diurnes, ont besoin de sites de halte, pour reprendre des forces et réaliser des réserves de graisse, et repartir à nouveau. La RNR du Grand-Voyeux est un site d’étape majeur.

     Les heures, les jours, les semaines défilent, pendant que certains sont parties durant le mois d’août/septembre, d’autres espèces se sont mis en route plus tardivement, mais font le bonheur des sites de migration diurne.

Alouettes des champs (Alauda arvensis) et lulus (Lullula arborea), Pinsons des arbres (Fringilla coellebs), Pipits farlouses (Anthus pratensis), Tarins des aulnes (Spinus spinus), viennent égayer le ciel francilien. Par centaines ou milliers d’individus par jour, ces oiseaux descendent de latitudes plus élevées, dans le but d’atteindre des secteurs plus favorables pour passer l’hiver. Certains descendront très au sud, alors que pour d’autres, les mangeoires du nord Seine-et-Marne leur suffiront amplement.

Ah ces fameuses mangeoires, où l’on voit défiler en hiver Mésanges bleues (Cyanistes caeruleus) et charbonnières (Parus major), Verdiers d’Europe (Chloris chloris), ou encore Rougegorges familiers (Erithacus rubecula), Accenteurs mouchets (Prunella modularis) et Merles noirs (Turdus merula).
« Tiens ! Voilà justement une Mésange bleue qui vient chercher une graine de tournesol et repart pour la décortiquer 3 branches plus loin. Je la reconnais celle-ci, on dirait la même qui était peu farouche cet été ».

Et bien, on ne croit pas si bien dire, tout porte à croire que pour des espèces visibles toute l’année dans notre jardin, ce sont les mêmes individus qui restent toute l’année et sont donc sédentaires. Cependant, chaque espèce, population d’espèce et même individu, partira à la date qui sera la plus optimale, et cela, paramétré au sein de sa génétique. Certaines Mésanges bleues, après avoir niché au printemps dans le noisetier du voisin, vont partir pour hiverner plus au sud. D’autres, vont rester.
Au fur et à mesure que l’automne se termine et que l’hiver approche à grand pas, des Mésanges bleues apparaissent en plus grand nombre aux mangeoires, mais d’où viennent-elles ? « Elles ont dû se passer le mot dans le village pour toutes venir ici ! »
Ou alors, les nouvelles arrivantes, nous viennent des pays d’Europe centrale et du nord. Là-bas, le sol a rapidement gelé, la nourriture devenant plus ou moins accessible en fonction des années.
Et si, sur les 8 individus de Mésanges bleues se nourrissant autour de la mangeoire, deux étaient locales, trois de Norvège, une d’Allemagne, et les deux dernières de Pologne ?

     Le temps s’écoule vite, tellement vite que Novembre est déjà là. Parmi un doux bruit de travaux nocturnes dans notre ville, et au milieu des faisceaux lumineux de part et d’autres pour éclairer les rues, des bruits retentissent. Des Grives mauvis (Turdus iliacus), venues elles aussi des pays nordiques, débarquent, ou plutôt traversent nos contrées sans même saluer les hivernants téméraires. Des dizaines, des centaines, voire des milliers de cris « tziii » sont captés par les ornithologues confinés, qui retrouvent là une part de liberté en écoutant et épluchant leurs enregistrements de la nuit passée. Enregistrement de Grive mauvis (Turdus iliacus) par Stanislas Wroza :

     Repartons sur une base plus classique : sur la RNR du Grand-Voyeux, durant ces 3 mois d’automne, des centaines de Fuligules morillons (Aythya fuligula) et milouins (Aythya ferina), ont débarqué sur les plans d’eau et plongent sans arrêt à la recherche de végétation aquatique et de mollusques. Parmi eux, un drôle de Canard tout blanc et dessins noirs apparaît : un Harle piette (Mergellus albellus) ! Hivernant annuel mais rare sur le site, au minimum 4 individus continuent leur séjour sur le site en décembre. 

Autre évènement ce mois d’octobre, en plus du passage annuel de notre Ibis falcinelle (Plegadis falcinellus) favori, 9 Oies rieuses (Anser albifrons), nous ont fait le plaisir de passer quelques jours sur la réserve. Elles aussi sont des migrateurs nordiques, celles-ci descendues peut-être un peu trop bas !

Mais pas le temps de s’attarder, un petit cri, bref et éclatant, attire l’attention en bordure de roselière. Anciennement Mésange, maintenant Panure.. à moustaches (Panurus biarmicus) ! Un individu est observé sur la réserve en fin d’automne, il ne sera pas revu (il s’agissait probablement d’un immature).
Cet hiver, accompagnant les Tarins des aulnes hivernants, son homologue à tache rouge sur la tête se nourrit dans la Boulaie, c’est le Sizerin cabaret (Acanthis flammea cabaret). Il fait parfois irruption dans les boucles de la Marne, l’année passée, il y a eu très peu de contacts de l’espèce contre environ 45 individus cet automne sur la réserve.

Plongeon catmarin (Gavia stellata) © Julien Bottinelli

     Décembre, la migration est pratiquement terminée pour l’ensemble des oiseaux. Pour certains, c’est encore le temps de descendre, et de se perdre, tel que ce Plongeon catmarin (Gavia stellata) qui séjournera presque un mois jusque fin décembre, et ce Fuligule à bec cerclé (Aythia collaris), observé à plusieurs reprise pendant ce début d’hiver.

Aigle botté (Hieraaetus pennatus) © Grégory Picard

Mi-décembre, un autre oiseau semble s’être approprié le secteur du Grand-Voyeux et de la Forêt de Montceaux pour quelques temps : un Aigle Botté (Hieraaetus pennatus) ! Hivernant régulier en Camargue, et nichant non loin de la région ; en Forêt d’Orléans, il est parfois observé dans les boucles de la Marne, et partout en Île-de-France entre mai et août principalement. Celui-ci semble s’être trompé de saison, et semble bien décidé à représenter le premier hivernage de l’espèce dans la région.

 

L’année 2020 se termine doucement, 2021 la remplace, pour des observations, des sorties, et des moments encore plus chouettes ?

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